30 mars 2018 à Etoy

 

Lecture du récit de la passion dans l’évangile de Jean

Lecture de I Corinthiens 1.17-25

 

Pourquoi êtes-vous venus à l’église ce matin ?

Qu’est-ce qui vous a conduit à venir jusqu’ici ?

Qu’attendez-vous de cette heure qui nous rassemble dans la présence de Dieu ?

– Un moment de répit dans la marche du monde et du temps ?

– Une occasion de vous faire du bien ? De vous sentir à l’abri des misères de la vie ?

Si vous êtes venus ici pour trouver refuge contre les malheurs qui nous guettent et qui nous frappent, si vous êtes venus pour trouver des explications sur la marche d’un monde de plus en plus difficile à comprendre, si vous êtes venus vous rassurer devant l’angoisse que génère notre condition d’humains, vous n’avez pas fait le bon choix !

Aujourd’hui l’insensé, l’insoutenable, l’injuste, l’incompréhensible est entré en force dans ce lieu de culte. Avec la croix du Christ, ce sont les horreurs de l’histoire et du présent qui s’installent au cœur de notre célébration.

Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, ne mâche pas ses mots : la parole de la croix est un scandale, une folie, un non-sens. Cela n’a pas de sens d’accorder sa foi à un crucifié, ce n’est pas raisonnable, humainement. Avec le récit de la passion, on est bien loin des « consolations de la religion », on est dans le sordide, dans le répugnant. En avons-nous suffisamment conscience ? Ou bien sommes-nous suffisamment immunisés par l’habitude et le détachement qu’elle provoque pour que cela ne nous fasse plus rien d’entendre ce récit terrifiant ?

Je me souviens d’une expérience de mon enfance : j’avais 8-9 ans quand j’avais pleuré à chaudes larmes en lisant le récit de la passion dans la bible pour enfants d’Anne de Vries, tellement cette lecture m’avait impressionné. Cette expérience a joué un rôle non négligeable dans ma vie spirituelle et dans le parcours qui m’a fait devenir pasteur. Mais est-ce que je pleure encore quand j’entends cette terrible histoire ?

                  Pour l’apôtre Paul, le message dérangeant de la croix est au centre de l’Evangile qu’il annonce, de cette Bonne Nouvelle qui est le moteur de son existence, le sens de sa vie.

C’est là, dans cette folie, dans ce scandale, qu’il voit la présence et l’action de Dieu. Et c’est tout le contraire de que l’être humain attend tout naturellement de Dieu, il attend de lui réussite et compréhension de la marche du monde, c’est cela que l’on recherche dans de la religion.

Or le Dieu auquel il croit, qui s’est révélé à lui et qu’il prêche, échappe aux représentations que l’on s’en fait : le Tout Puissant qui dirige toutes choses et qui donne sens à tout ce qui se passe sur terre. Le Dieu auquel il croit est celui qui vient, qui se fait présent dans un supplicié, dans un rejeté, dans un paria, dans un impuissant. C’est un scandale, oui, c’est une folie aux yeux des humains. Mais pour Paul, c’est là que s’expriment la sagesse et la puissance de Dieu qui ne sont pas celles des hommes.

Dans cette sagesse différente, avec cette puissance autre, Il vient rejoindre, Il vient toucher notre humanité là où elle a le plus mal, dans tous les échecs dans tous les abandons, dans toutes les souffrances et les douleurs qui font de nos vies des enfers ou des prisons dont on ne peut sortir.

En cela, la crucifixion du Christ est puissance de salut, non pas en réglant toutes les injustices d’un coup de baguette magique, non pas en fournissant une explication qui ferait que tout deviendrait clair, mais en apportant sa présence dans le non-sens et dans le scandale, en y faisant entrer un amour qui n’a pas peur de se donner en entier : il n’y a pas de plus grand amour que de se dessaisir de sa vie pour ceux que l’on aime.

Paul, ici, ne parle pas de résurrection, mais il est clair que la croix du Christ ne devient significative qu’à la lumière de Pâques, c’est elle qui révèle que cette mort infâme n’est pas la fin d’une espérance, mais le gage d’une libération. Dans la même lettre aux Corinthiens, il écrit quelques chapitres plus loin : « Si le Christ n’est pas ressuscité, nous n’avons rien à prêcher et vous n’avez rien à croire ».

Mais la résurrection ne vient pas gommer la folie et le scandale de la croix : Dieu est bien là dans cette folie et dans ce scandale, c’est là qu’il rejoint notre humanité dans les plus sombres replis de sa condition.

Aujourd’hui nous ne nous faisons pas rejoindre par Dieu dans un refuge illusoire, celui de l’Eglise, de la religion ou du culte ou même de la foi, bien à l’abri des vicissitudes et des malheurs du monde, mais dans tout ce qui est insupportable et incompréhensible dans notre vie et dans notre monde.

Comment allons-nous ressortir de cette rencontre ? A chacun, à chacune de le dire. J’espère pour ma part que cette rencontre s’est faite en vérité, dans ce qui fait le cœur et la fragilité de notre humanité.

Amen