Etoy, Culte du souvenir 29.10.2017

 

1. Le chagrin, signe du bonheur passé

 

La mort est un mystère auquel nous appartenons.

Donner la vie, c’est aussi donner la mort. Tout ce qui est vivant meurt ! La caractéristique commune à tout être vivant, végétal, animal ou humain c’est qu’ils appartiennent tous au mystère de la mort.

Nous consacrons ce culte au souvenir de ceux qui nous ont quittés cette année. C’est une occasion d’honorer leur mémoire, de dire à Dieu notre chagrin, de nous souvenir de toutes les belles et les bonnes choses qu’ils nous ont apportées lorsqu’ils étaient parmi nous et de réfléchir au message chrétien sur la mort et la résurrection.

 

Invocation

 

J’appelle au secours

J’appelle l’amour

J’appelle dans le nuit

J’appelle dans le bruit

 

Sans espoir souvent j’appelle

Et sans relâche pourtant

Car je sais qu’à chaque instant

Il est quelqu’un qui m’appelle …

 

Une voix même en silence

En secret une présence

Car Dieu lui-même est venu

Faible comme un enfant nu

Plus fort que toute puissance.

 

Et il est au milieu de nous

 

Amen

 

Présentation des défunts de l’année

 

Seigneur

 

En ce jour où ceux qui nous ont quittés

Vivent dans notre souvenir

Nous te remercions pour tout ce qu’ils nous ont donné

Lorsqu’ils étaient avec nous.

 

Notre chagrin montre qu’ils nous ont apporté

Chaleur, affection, ou simple présence

Merci pour tout ce que nous avons vécu grâce à eux

Merci, notre Dieu pour les bonheurs partagés

Et pour les chagrins consolés

 

Amen

 

Prière des visages sombres

 

Seigneur

Tu sais comme la mort nous blesse et nous angoisse.

Tout ce qui est interrompu par cette séparation

Ce qui reste là, inachevé

Et tout un pan de notre vie qui s’est brisé

 

Et puis cette crainte qui nous étreint tous

Devant notre destin de créature humaine

Nous qui, un jour devrons mourir aussi

Tout cela seigneur est trop lourd pour nous

 

Merci parce que tu nous écoutes

Tu accueilles nos craintes, nos souffrances

Nos interrogations et notre tristesse.

 

Seigneur aie pitié de nous

 

Amen

 

La bonté du passé

 

Rien ne peut remplacer la présence d’un être cher.

Il est inutile d’essayer ; il faut supporter et tenir bon.

Cela paraît très dur,

et c’est pourtant aussi une grande consolation.

Car puisque le vide n’est pas comblé, on reste lié par lui.

 

Ne demandons pas aux autres de combler ce vide

Ne demandons pas au temps de combler ce vide

Ne demandons pas à Dieu de combler ce vide ;

 

Ce vide nous aide à garder notre ancienne communion

Bien sûr c’est douloureux

 

Et plus nos souvenirs sont beaux et riches

Plus la séparation est dure.

Car le chagrin reflète la joie du passé.

 

Notre cœur navigue entre

L’épine de la perte toujours en nous

Et la bonté du passé enfouie en nous

 

Laissons le bonheur qui émane du passé

Devenir un précieux cadeau

Qui nous aide à vivre l’absence de ceux qui étaient.

 

Ne laissons pas l’absence nous envahir

Rangeons précieusement le trésor du passé

dans un endroit secret de notre être

Ne le contemplons pas jour et nuit

 

Ne fouillons pas sans cesse dans les souvenirs,

Ne nous livrons pas à eux.

Un cadeau précieux est un trésor caché

qu’on est certain de posséder,

mais qu’on ne contemple qu’en de rares moments.

alors une joie et une force durables émanent du passé.

 

Paraphrase de Dietrich bonhoeffer, Résistance et soumission.

 

En réponse à ce texte je vous propose cette prière que je prononce parfois lors des services funèbres et qui m’est souvent demandée.

 

Maintenant que je suis parti, laissez-moi aller

Même s’il me restait encore des choses à voir et à faire.

Ma route ne s’arrête pas ici.

Ne vous attachez pas à moi à travers vos larmes.

Soyez heureux de toutes les années passées ensemble.

Je vous ai donné mon amour,

Et vous pouvez seulement deviner combien de bonheur vous m’avez apporté.

Je vous remercie pour l’amour que vous m’avez témoigné

Mais il est temps maintenant que je poursuive ma route.

Pleurez-moi quelques temps, si pleurer il vous faut.

Et ensuite, laissez votre peine se transformer en joie

 

Car c’est pour un moment seulement que nous nous séparons

Bénissez les souvenirs qui sont dans votre cœur.

Je ne serai pas très loin, car la vie se poursuit

 

Je serai près de vous. Ecoutez avec votre cœur.

Vous percevrez mon amour autour de vous.

Et puis, quand vous viendrez à votre tour par ici,

Je vous accueillerai avec le sourire

Et je vous dirai : « bienvenue chez nous ».

 

Prière avant la lecture biblique

 

Parfois joyeuse

Parfois inquiétante

Parfois muette

Parfois incompréhensible

Parfois limpide

La parole de Dieu parvient à nos oreilles

Permet Seigneur, qu’elle se glisse

Comme une eau rafraichissante

Dans nos failles et nos interstices

Pour toucher nos êtres

Amen 

Bruno Gérard, V et L n°96

 

Nous allons entendre un texte du nouveau testament. Une polémique entre Jésus et les sadducéens. Les sadducéens n’ont pas de soucis d’argent comme nous dirions de nos jours. Ils vivent dans la capitale, mettent leurs enfants dans les écoles internationales de l’époque (de culture grecque) et souhaitent jouir de la vie présente. Ce qui s’explique aisément vu qu’ils ont une vie sensiblement plus confortable que la plupart de leurs congénères. La plupart des mouvements religieux du judaïsme de l’époque croient en une vie après la mort mais pas les saduccéens. Leur vie ici-bas ne les incite pas à regarder vers l’au-delà.

 

Texte de l’évangéliste Luc

 

20 27 Quelques Sadducéens vinrent auprès de Jésus. — Ce sont eux qui affirment qu’il n’y a pas de résurrection — Ils l’interrogèrent 28 de la façon suivante : Maître, Moïse nous a donné ce commandement écrit : « Si un homme marié, qui a un frère, meurt sans avoir eu d’enfants, il faut que son frère épouse la veuve pour donner des descendants à celui qui est mort. » 29 Or, il y avait une fois sept frères. Le premier se maria et mourut sans laisser d’enfants. 30 Le deuxième épousa la veuve, 31 puis le troisième. Il en fut de même pour tous les sept, qui moururent sans laisser d’enfants. 32 Finalement, la femme mourut aussi. 33 Au jour où les morts se relèveront, de qui sera-t-elle donc la femme ? Car tous les sept l’ont eue comme épouse ! » 34 Jésus leur répondit : « Les hommes et les femmes de ce monde ci se marient ; 35 mais les hommes et les femmes qui sont jugés dignes de se relever d’entre les morts et de vivre dans le monde à venir ne se marient pas. 36 Ils ne peuvent plus mourir, ils sont pareils aux anges. Ils sont fils de Dieu, car ils ont passé de la mort à la vie. 37 Moïse indique clairement que les morts reviendront à la vie. Dans le passage qui parle du buisson en flammes, il appelle le Seigneur « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » 38 Dieu, ajouta Jésus, est le Dieu des vivants et non des morts, car tous sont vivants pour lui. » 39 Quelques maîtres de la loi prirent alors la parole et dirent : «  Tu as bien parlé, Maître. » 40 Car ils n’osaient plus lui poser d’autres questions.

 

2 . Notre destinée ultime

 

Cette polémique nous semble bien loin de notre temps, mais les saduccéens cherchent tout simplement à opposer la logique à la croyance en une vie au-delà de la mort. Je ne sais pas exactement en quoi consistait la croyance aux anges dans l’univers de Jésus et de ses contemporains. Jésus utilise en fait une image : « nous serons comme des anges », c’est-à-dire nous serons « autrement, dans un monde qui n’est pas comme le nôtre » et où les joies et les peines, les libertés et les contraintes, les beautés et les laideurs de notre monde n’auront plus de réalité.

 

J’utilise souvent l’image de la transformation de la chenille en papillon pour exprimer cette réalité car nous ne pouvons parler de notre destinée ultime qu’avec des images. Jésus se veut rassurant. Il dit tout simplement : « après votre mort vous serez accueilli dans le monde de Dieu. Utilisez votre énergie pour vivre dignement dans le monde présent. »

 

Une belle confession de foi utilise l’expression « je sais simplement qu’un amour m’attend ». C’est aussi une belle image. Je pense qu’elle parle beaucoup mieux aux gens de notre temps que la comparaison avec les anges.

 

Chacun, chacune a ses propres convictions et répond à sa manière aux grandes questions de l’existence. Pourquoi y aurait-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi n’y aurait-il rien plutôt que quelque chose ? Toutes les croyances dans ce domaine sont respectables, comme tout être humain est respectable.

 

Nous faisons en fait tous un pari sur les choses ultimes

 

Personne ne peut décrire le monde qui nous attend lorsque nous quittons cette vie. Nous pouvons simplement en parler avec des symboles et chacun, chacune se fait sa propre conviction. Nous faisons en fait tous un pari sur les choses ultimes car l’univers ne répond pas aux questions que nous pourrions lui poser dans ce domaine.

 

Certains sont convaincus que notre sort, lorsque nous basculons dans l’éternité dépend de nos comportements dans ce monde. Selon eux nous accumulons, au cours de notre vie des bons et des mauvais points et notre destin ultime dépendrait du décompte final. Je trouve cela un peu terrifiant d’être ainsi sous surveillance tout au long de notre existence.

 

D’autres, comme les saduccéens de notre texte biblique, rejettent tout idée de vie après la mort. Je dis souvent qu’ils font partie des modérés puisqu’ils ne sont pas habités par la crainte d’un décompte final de nos actes terrestres. Ils ne se sentent pas en quelque sorte surveillés H24 et attendus pour le décompte ultime. La terreur n’habite pas ces personnes et l’espoir non plus ! C’est pour cela que je les appelle modérés : ni terreur, ni espoir !

 

3.  Le christianisme, théologie de la confiance et de la résurrection

 

A l’autre bout, si je puis dire, beaucoup de personnes voient dans notre départ d’ici une transformation vers une autre dimension où nous sommes accueillis d’une manière impossible à décrire, mais en tout cas heureuse. Souvent nous disons d’une manière imagée : il, elle va au ciel.

 

Nous utilisons l’image du ciel, puisque dans la bible le monde de Dieu est appelé « Les cieux ». C’est pourquoi nous prions « Notre père qui es aux cieux ». Les cieux cela peut exprimer un lieu très éloigné, inaccessible pour nous qui vivons dans ce monde.

 

Mais les cieux peuvent aussi être le symbole d’un lieu où tout se passe bien. Sous le ciel étoilé nous observons des constellations qui évoluent sans heurts. Dans le ciel tout est bien réglé. La lune revient, millénaires après millénaires toutes les quatre semaines. Dans la Bible, le ciel symbolise un monde où tout se passe bien. Aucune étoile ne va prendre la place d’une autre et toutes les étoiles ont leur place.

 

Dans la Bible, le ciel symbolise un monde où tout se passe bien

 

Dans l’univers Biblique d’il y a 20 siècles, la perfection n’est pas de mise. Pas de technologies ultra précises, pas de droits de l’homme, pas d’institutions capables de pacifier l’existence. Qu’est-ce que c’est que le ciel dans la Bible ? C’est un monde où tout fonctionne bien. Sans famines, sans attaques chimiques, sans traumatismes, parfois cachés, qu’il faut porter toute sa vie. Bref ! Le ciel peut être le symbole d’un monde débarrassé des toxines existentielles qui touchent chacun et chacune.

 

La théologie biblique est traversée par l’expression « n’ayez pas peur, ne craignez point, que votre cœur ne se trouble pas etc. » C’est le premier pilier de l’espérance chrétienne. N’ayez pas peur y compris au moment ultime. Et cela nous amène au second pilier : la foi en la résurrection de Jésus. C’est la foi en la résurrection qui est à l’origine du christianisme.

 

Le christianisme est une religion de la confiance et la théologie chrétienne est une théologie de la résurrection.

 

Aller au ciel, c’est rejoindre ce monde où, comme le dit l’apocalypse de Jean « Il n’y aura plus ni deuil, ni cris, ni souffrances ». C’est dans ce monde que vivent ceux qui nous quittent. Et ce monde est juste à côté. Une personne chère lorsqu’elle vit parmi nous, est là où elle est, lorsqu’elle n’est plus dans ce monde, elle est partout où nous sommes. Écoutez votre cœur car elle est là, juste à côté.

 

Amen

 

Ce qui se passera de l’autre côté

 

Ce qui se passera de l’autre côté,

Quand tout pour moi aura basculé

Dans l’éternité, je ne le sais pas :

 

Je crois, je crois seulement

Qu’un amour m’attend.

 

Maintenant mon heure est si proche

Et que dire ?

Oh ! Mais sourire

Ce que j’ai cru, je le croirai plus fort

Au pas de la mort ;

C’est vers un amour

Que je marche en m’en allant

C’est dans un amour que je descends doucement :

 

Si je meurs, ne pleurez pas,

C’est un amour qui me prend.

Il va m’ouvrir tout entier

À sa joie, à sa lumière.

 

Et si j’ai peur, et pourquoi pas ?

Rappelez-moi simplement

Qu’un amour m’attend.

 

Amen

 

J. De l’Eglise au Ghana :

 

Seigneur, notre Dieu,

Toi qui nous écoutes ici,

tu reçois aussi les prières

de nos sœurs et de nos frères

en Afrique, en Asie, dans le Pacifique

dans les Amériques et en Europe.

 

Nous sommes tous un, en prière.

Qu’ainsi, unis, nous accomplissions comme il faut

notre devoir de témoignage et d’amour

en Eglise et à travers le monde.

Accueille nos prières avec bienveillance,

même si, parfois, elles sont maladroites.

Elles te sont offertes, au nom de Jésus.          

 

K. Issu de la tradition celtique écossaise :

 

Dieu, allume en nos cœurs aujourd’hui          

une flamme d’amour pour ceux et celles

qui nous sont proches,

pour nos ennemis,

pour nos amis,

pour notre peuple,

pour les courageux,

pour les lâches,

pour les insensés.

 

Jésus, fils de Marie,     

que nous nous mettions à ton service

dans tout ce que nous aimons,

du plus petit être vivant

jusqu’au nom qui est au-dessus de tout nom.

 

L. D’une source anglaise anonyme :

 

O Christ, toi le Maître Charpentier,

par les clous et le bois

Tu as acheté l’entier de notre salut.

Maintenant, dans l’atelier de l’univers,

manie bien tes outils

pour que nous qui sommes arrivés

grossièrement taillés sur ton établi,

nous y soyons façonnés par ta main

pour une beauté plus vraie.

Nous te le demandons en ton propre nom.

 

Seigneur nous pensons à ceux qui sont au ciel

C’est-à-dire juste à côté

Que le souvenir se transforme en gratitude pour tout ce qu’ils nous ont donnés lorsqu’ils étaient à nos côtés.

 

Notre père

 

Paroles d’envoi

 

Le pire c’est de ne pouvoir

aider ceux qu’on aime,

oui, les sauver de la mort.

 

J’ai marché dans tes pas

jusqu’à la croix.

 

Et là je ne savais plus,

je ne pouvais plus.

 

Mais c’est toi

qui est revenu, pour me dire :

 

« il n’y a pas de mort

pour ceux qui aiment,

pas de peur, pas de haine

pour ceux qui croient. »

 

Maintenant je sais, Seigneur :

je croirai au soleil

même quand il ne brille pas.

 

Sylvie reff-stern

 

Bénédiction