Culte du 5/08/18, à Montherod par Viviane Maeder venue témoigner de son expérience à Cuba avec DM-échange et mission.

 

Lecture : Luc 24.13-35

Le texte de Luc que nous venons d’entendre est généralement relié à la période pascale, et pourtant, il s’adresse à nous maintenant, au cœur de l’été, pendant ce temps de vacances et de repos (pour la plupart), afin de nous rappeler que nous ne sommes pas à l’arrêt entre juillet et août, à attendre que les activités reprennent, mais bien au contraire que nous sommes des croyants en marche, tout comme les disciples.

Un temps hors du stress pour réfléchir, pour faire le point tout comme eux, en chemin avec Jésus, qui nous rejoint exactement là où nous sommes, à Montherod, quelque part en Suisse, à Cuba avec DM échange et mission,  ou dans le monde entier.

 

Cheminer avec la main de Jésus sur son épaule

Le chemin d’Emmaüs est un de mes textes préférés, parce qu’il parle de vie et d’espérance, dans un monde marqué par l’échec, le manque de perspectives et l’inquiétude. Ce texte m’a habitée pendant ma mission cubaine. Dans ma valise, j’avais emporté mon icône, celle de Jésus et de son ami qui avance vers l’inconnu en sentant sur son épaule cette main qui l’encourage et le soutient dans son cheminement. Comme la promesse d’être accompagné en tout temps par le Christ en personne, alors même qu’on ne le reconnaît pas à ses côtés, tant on peut se laisser troubler par les circonstances et les rencontres qui nous déstabilisent momentanément ; pour moi à Cuba, il y avait tant de choses nouvelles : langue, nourriture, culture, coupures d’eau, d’électricité, pas de réseau internet, tout ce qui m’a obligée à sortir de ma zone de confort afin de  pouvoir grandir. On a tous nos zones de confort qu’on est périodiquement appelés à quitter en tant que croyants en marche pour découvrir la présence de Jésus à nos côtés et mieux dépendre de Lui..

Une artiste cubaine au parcours chaotique s’est inspirée de cette icône pour réaliser une tenture qui a inspiré un groupe de femmes précarisées à Matanzas. Ce petit collectif composé de femmes handicapées ou âgées confectionne des tapisseries liturgiques que vous pouvez admirer ce matin aux murs de l’église. Elles aussi connaissent l’aridité du chemin sur une route brûlante et poussiéreuse, la route de tous les manques, de toutes les tristesses, à cause de ce qui s’est passé dans leur vie et dans celle de leurs proches.

 

L’expérience traumatisante des disciples

Du temps de Jésus, les deux disciples croyaient avoir tout vu, tout compris et entretenaient le souvenir pénible de ce qui s’était produit. Ils se trouvaient face à une impasse, dans une situation d’échec. Ce Jésus en qui ils avaient cru, à qui ils faisaient entièrement confiance pour sauver le peuple juif et le délivrer de l’oppression romaine, venait de mourir crucifié à Jérusalem et ils ne pouvaient croire en une possible résurrection, malgré le témoignage qu’en avaient fait les femmes. Leurs yeux étaient aveuglés par les larmes.

Ce qu’ils avaient vu en assistant à ses miracles, c’est un Jésus triomphant qui, sans doute, allait réduire l’oppresseur au silence. Le Dieu des interventions miraculeuses, qui multiplie les pains et les poissons et guérit les malades, PAS un Dieu qui se fait homme, pauvre et méprisé, qui volontairement choisit le chemin de la souffrance pour être avec nous, avant de renaître à la Vie pour nous. Ce qui nous pose aussi à nous la question de savoir quel aspect de Jésus nous sommes prêts à reconnaître à nos côtés sur le parcours que nous traversons en ce moment. Voulez-vous seulement un Jésus triomphant, ou un Jésus proche dans les épreuves de la vie, qui vous redonne courage et espérance ?

 

Et à Cuba ?

Comment ce récit peut-il résonner dans le contexte de cette île des Caraïbes ? Ce qu’on aime bien quand on y va comme touriste, c’est le charme des vieilles voitures et des plages paradisiaques. Mais derrière le sable chaud et l’eau turquoise, peut-on imaginer la détresse économique et relationnelle dans laquelle vivent de nombreuses personnes qui y habitent ? A cause de l’effondrement de l’économie, il y a une montée de l’égoïsme (chacun pour soi), de la violence faite aux femmes et de la maltraitance envers les personnes âgées qui n’ont droit à aucune prise en charge de la part de l’Etat.

N’a-t-on pas tendance alors à ne voir que l’impasse pour le peuple cubain en souffrance, les échecs, le manque de perspectives, comme les disciples qui cheminaient, aveuglés par leur tristesse ?

La bonne nouvelle, c’est le verset 15 : « Pendant qu’ils parlaient et discutaient de ce qui s’était passé, Jésus lui-même s’approcha et fit route avec eux ». Et à travers eux, c’est à chacun de nous qu’il s’intéresse. Parce qu’il m’a rejointe, parce qu’il m’a ouvert les écritures, parce qu’il a changé mon cœur, il m’a incitée à la confiance, et à mon tour je suis appelée à rejoindre mon frère ou ma sœur en souffrance, ici comme au loin. C’est ce que les Eglises cubaines vivent concrètement en posant des gestes de solidarité, soutenues par DM ou par des Eglises sœurs.

 

Aux côtés de Celia…

Sur le chemin de Jérusalem à Emmaüs, ou plutôt de Matanzas à Cardénas, j’ai fait route avec Celia, une femme hémiplégique de 72 ans, seule suite au décès de sa fille (il faut savoir qu’à Cuba comme en Israël du temps de Jésus, les enfants sont le seul soutien des parents âgés et dépendants). Je l’ai accompagnée, j’ai longuement écouté sa plainte, ses efforts pour survivre dans un logement insalubre, inadéquat pour une personne handicapée. J’ai entendu aussi son besoin de médicaments pour calmer ses douleurs, parce qu’aucun traitement ne peut lui être fourni. Je n’ai pas cherché à la rassurer « vite fait », je me suis contentée de rester à ses côtés pour partager un bout de son quotidien, l’accompagner dans ses démarches. J’en ai parlé avec le pasteur et j’ai pu voir ensuite combien les membres de l’église presbytérienne se relayaient pour prendre soin d’elle. Avec l’aide concrète de DM- échange et mission, un réseau solidaire se mettait peu en place autour d’elle… et je pourrais vous citer d’autres exemples.

Peu de moyens financiers en réalité, mais une présence, une chaleur humaine, une prière parfois. J’ai eu l’occasion de prier avec elle pour lui signifier la présence du Christ à ses côtés : « Celia, tu n’es pas seule. Jésus lui-même, à travers tes frères et sœurs, te rejoint sur ton chemin difficile et te rend ta dignité de femme. Tu n’es pas réduite à devoir mendier pour survivre. Tu existes à travers les yeux de tes compagnons de route. Ta vie a un sens, tu es précieuse. »

 

… et des enfants

En poursuivant ma route cubaine, en peine campagne, à Zero, à la mission rurale, très loin des touristes, j’ai rencontré Julio, Luis, Isabel et Benito. J’ai entendu le cri silencieux des enfants qui ne mangent pas toujours à leur faim, qui ont vécu la violence d’un proche et qui, le plus souvent, ne connaissent pas l’amour d’un père. Je les ai vu rire et pleurer sur leur chemin, je les ai rejoints pour jouer avec eux, chanter, prier et à plusieurs reprises manger ensemble un repas préparé avec amour par les paroissiens de l’Eglise presbytérienne (à titre indicatif, un repas pour une trentaine de personnes coûte environ 20 francs). J’ai parlé avec des mères de 16 ans à peine, des grand-mères et arrière-grand-mères fragilisées qui palliaient comme elles pouvaient à tous les manques de ces petits si peu gâtés par la vie. J’ai pu admirer des fleurs de tendresse qui poussaient au bord de ce chemin aride, grâce à l’entraide qui leur était manifestée à travers nous et à travers vous, depuis la Suisse de par le travail de DM-échange et mission. La tristesse aurait pu aveugler ces enfants, mais ils avaient le ventre plein et le cœur ouvert pour recevoir la bienveillance de Jésus et sa consolation, par l’intermédiaire des adultes qui prenaient soin d’eux au nom du Christ : « Tout ce que vous faites en mon nom à un de ces petits, c’est à moi que vous le faites ».

 

Jésus avec nous sur le chemin

Mais revenons à cette icône de Jésus et de son disciple sur le chemin d’Emmaüs. Et si c’était moi, si c’était vous que Jésus rejoignait au delà de nos échecs (financiers, professionnels, amoureux), de nos manques quels qu’ils soient, de la perte d’un être aimé, afin d’être notre compagnon de route, Celui qui nous ramène de tout ce qui est mort en nous vers la résurrection de tout notre être ?

Jésus ne dit pas seulement : « Celia ou Benito de Cuba, je fais chemin avec toi », il dit aussi « Viviane, Michel, Aline… qui que tu sois, je te rejoins et je ne te lâche pas. Je pose ma main sur ton épaule et je marche avec toi dans cette réalité difficile qui est la tienne en ce moment de ta vie. Je veux que tes yeux s’ouvrent pour me reconnaître. Tiens-toi simplement là, humblement, dans ma présence et laisse-moi te rencontrer dans tes profondeurs, quelles qu’elles soient, dans tes déceptions et tes échecs comme dans tes joies. Je peux te rendre la confiance en Moi, la confiance en l’avenir, parce que j’ai vaincu la mort et tout ce qui en toi mène à la mort. Le tombeau est vide. Ne reste pas là à le contempler, mais mets-toi en route à ma suite. On va rencontrer et bénir ensemble les plus vulnérables que je mettrai sur ton chemin, à Montherod, en Suisse, à Cuba et ailleurs. Sois un signe concret de mon amour, prie et donne ce que tu peux, là où tu peux. Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde. Rends-leur l’espérance, malgré toutes les épreuves qu’ils traversent. Rejoins-les en mon nom pour leur dire que je les aime et que l’échec et la mort n’auront pas le dernier mot. Car je viens pour les rencontrer sur le parcours qu’ils empruntent aujourd’hui, à l’endroit précis où ils en sont dans leur vie. Alors dis-moi, qu’est-ce qui pourrait les séparer (et te séparer) de mon amour ? »

 

Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu en Christ

Serait-ce la détresse, l’angoisse, la faim, le dénuement, la persécution sous toutes ses formes et tout ce que vous pouvez énumérer : la solitude, le deuil, le chômage ? J’aime bien nommer mes propres épreuves du moment… pas besoin d’en avoir subi autant que l’apôtre Paul, ce qui est important, c’est d’être concret en nommant ce qui nous arrive et ce qui arrive à nos proches pour qui nous intercédons..

Ecoutez la suite de ce beau passage de Romains au chapitre 8 : « Au contraire, en toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs grâce à Celui qui nous a aimés. En effet, j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur »

Amen