Plusieurs communautés chrétiennes différentes se développent dès la mort et la résurrection de Jésus. Au moins trois de ces manières de concevoir le christianisme interviennent dans les pérégrinations de l’apôtre Paul.

 

Trois manières d’être chrétiens (du temps de Paul)

D’abord à Jérusalem, un groupe de juif voyaient en Jésus le Messie, l’envoyé de Dieu qui allait rénover le judaïsme. Ce ne sont pas des juifs convertis au christianisme, non, ce sont des juifs qui souhaitent que le judaïsme se transforme à la suite de la vie et du message de Jésus. Ce sont des juifs stricts, ils rappellent que Jésus était juif, beaucoup ont encore le mémoire du passage de Jésus à Jérusalem, nous sommes vers l’an 50 soit à peine 20 ans après la résurrection du Christ. Pendant un temps c’était même un des frères de Jésus, Jacques, qui était le leader de ces chrétiens-juifs. Donc pour eux, seuls les juifs pouvaient être chrétien et si l’on voulait suivre le Christ, il fallait adopter les pratiques du judaïsme de ce temps.

Ensuite, vous aviez des juifs de la diaspora, c’est-à-dire qui vivent ici et là dans les grandes villes de l’époque, loin de la terre juive. Ils y font carrière, leurs parents étaient déjà installés dans ces grandes villes, comme par exemple les parents de Paul qui vivaient à Tarse. C’est là qu’il est né.

Pour comparer : il existe des Suisses qui vivent à l’étranger, depuis longtemps, mais se sentent toujours Suisses. Des gens qui font de grandes carrières quelques années à Londres, quelques années à Singapour, quelques années ailleurs. Ils parlent anglais, sont imprégnés de la culture post moderne et leurs enfants connaissent la Suisse grâce aux vacances.

Paul fait partie de ces juifs, vivant dans les grandes villes de l’époque. Il a une culture gréco romaine autant que juive. Sa manière de comprendre la foi juive et bien sûr sa compréhension du christianisme diffère de celle de judéo-chrétiens de Jérusalem. C’est logique.

Et à proximité de ces juifs gréco romain, il y avait ceux que les juifs appelaient « Les respectant Dieu ». C’étaient des païens intéressés par la foi juive, certains s’étaient même convertis au judaïsme. Ils se sentent proches des juifs de la diaspora, comme eux ils vivent dans les grandes villes de l’empire romain. Paul s’adresse à tous ces gens qui, par leur culture moderne, sont proches de sa manière de penser.

Il y a une chose qui ne se voit pas en entendant ces textes : Paul fait des zig-zags, c’est assez difficile de comprendre son périple.

 

Lectures

Acte 16.6 à 10

Actes 17.10 à 18

 

L’audace est une vertu

Que votre cœur ne se trouble pas !

Ne craignez pas !

N’ayez pas peur !

Ce sont les expressions qui reviennent le plus souvent dans la Bible, je crois qu’elles reviennent 135 fois !

Cela devrait nous pousser à l’audace. Une de mes premières méditations, alors que j’étais encore apprentis pasteur, s’intitulait : l’audace est une vertu ! Il en a eu de l’audace l’apôtre Paul pour voyager comme il l’a fait. Et il ne semble d’ailleurs pas toujours savoir où il veut aller mais il y va !

Il n’avait pas de GPS notre apôtre, alors il semble qu’il tâtonne un peu lorsqu’il est en Asie (dans la Turquie actuelle). Mais il n’a pas eu peur Paul, il a tout simplement avancé en essayant à droite, à gauche. Il ne donne pas toujours l’impression d’une stratégie bien construite. Cela ressemble un peu à une fuite en avant.

Souvent, celui qui fuit une difficulté l’emmène dans ses bagages. Dans ce cas, se déplacer signifie déplacer le problème, pas le résoudre. Vous connaissez l’expression : il (ou elle) a changé de vie mais a été rattrapé par ses démons. Comme si on pouvait encore croire aux démons à notre époque, d’autant plus que dans la Bible l’homme est bénit, c’est le serpent qui est maudit. Donc l’homme n’a pas de démons ni intérieurs, ni extérieurs. Il a tout au plus des anges puisqu’il est béni. Si je relis le texte avec ce concept cela donne :

« Un ange empêche Paul d’annoncer la Parole de Dieu dans la province d’Asie, ils essayent d’aller en Bithynie, mais l’ange ne leur permet pas d’y aller. C’est pourquoi ils vont au port de Troas. Une nuit l’ange lui dit d’aller en Macédoine ».

En plaisantant, je pourrais dire que c’est quand même une relecture plus rationnelle que celle qui fait intervenir un rêve avec un macédonien !

Je crois que la Bible a raison : n’ayons pas peur, laissons nos anges intérieurs nous pousser à tenter ceci ou cela, le christianisme s’est développé grâce à ces aventuriers de la foi qui, tel l’apôtre Paul, n’ont pas eu peur d’aller à tâtons dans diverses directions.

 

Les difficultés poussent Paul à venir en Europe

En fait, le GPS de Paul, c’était Dieu tout simplement. Dieu qui a agi aussi à travers les difficultés. Ce sont les difficultés qui ont poussé Paul à aller évangéliser en Europe. Dans le premier texte, nous ne savons pas très bien à quoi correspondent le Saint-Esprit, puis l’esprit de Jésus, ensuite il a un rêve. C’est une expérience personnelle faite par Paul, il n’y a sans doute que lui qui pourrait en dire plus.

Ensuite, dans le 2e texte, arrivé en Europe, c’est plus clair : il doit continuer à bouger car il a des adversaires qui contestent son action. Mais si Paul doit partir, son action, elle, elle reste. Là où il passe, l’Évangile est semé. Et il se développera. Souvent nous regrettons nos erreurs, nous avons l’impression d’être comme Paul, nous allons un coup à droite un coup à gauche, on croyait être tranquille et ça recommence etc. etc. Or si nous sommes très sensibles à ce qui ne va pas, aux erreurs que nous commettons, aux adversités qui nous ont fait du mal, nous avons bien plus de de mal à nous rendre compte du bien que nous faisons, souvent naturellement.

Pour Paul, les choses n’allaient pas comme il le voulait. Mais malgré tout, des gens lui ont fait confiance. Il écrira aux Thessaloniciens pour leur dire son admiration, car ils sont restés fidèles à son enseignement. Il leur écrira « Vous avez-vous-même appris de Dieu à vous aimer les uns les autres ; soyez toujours joyeux, priez sans cesse et aimez-vous les uns les autres. » Donc malgré les difficultés Paul était entouré d’amis. Souvent nous ne savons pas à quel point nous faisons du bien aux autres. Et pourtant nous faisons du bien autour de nous, comme notre entourage nous fait du bien.

Nous saisissons souvent tout de suite les conséquences de nos erreurs, ou d’autres nous les font sentir tout de suite. Mais c’est souvent plus difficile de se rendre compte de tout le bien que nous faisons. C’est parfois plus diffus, moins spectaculaire. Et surtout, parfois, les bonnes choses mettent du temps à éclore.

Paul semble parer au plus pressé. Il doit fuir, donc il fuit. Il a un rêve, il le suit, ailleurs il sera mis en prison etc. Mais sans le savoir, il a eu énormément d’amis et ces amis par la suite ont fait énormément de bien au christianisme.

 

Le christianisme sauvé de la destruction

Paul n’en saura jamais rien. Il est sans doute mort en 64 lors de la persécution de l’empereur Néron à Rome. Mais, un peu après, en l’an 70 les romains ont détruit Jérusalem en particulier le temple, dont il ne restera qu’une partie des fondations, qui existent encore d’ailleurs, c’est le mur des lamentations actuel où les juifs vont en pèlerinage à Jérusalem. En détruisant Jérusalem, les romains ont aussi décimé la communauté des juifs chrétiens de Jérusalem.

Oui, cette communauté organisée, qui vivait là où Jésus avait vécu, où sa mémoire était encore bien présente, cette communauté qui n’était pas en accord avec Paul, cette communauté dont les envoyés cherchaient même à nuire à l’apôtre, cette communauté a disparu. Si, sans le faire exprès bien sûr, ces chrétiens, très attachés au judaïsme traditionnel, n’avaient pas obligé Paul à aller à droite à gauche, bien loin de Jérusalem, le christianisme aurait pu disparaitre à ce moment-là.

Paul ne pouvait pas le savoir bien sûr, et il était mort depuis longtemps lorsque les communautés qu’il avait créées ont permis le développement du christianisme malgré la destruction de son noyau fondateur.

Oui, Paul a eu beaucoup d’amis même si le livre des Actes parle surtout de ses difficultés.

Il a diffusé autour de lui beaucoup de sentiments positifs, de bonnes choses, d’amitié et je ne suis pas sûr qu’il se soit rendu compte à quel point il était apprécié.

Cela fait de Paul une personne comme chacun de nous. Nous semons tous des belles et des bonnes choses autour de nous et souvent nous ne nous rendons pas compte de tout le bien que nous faisons.

Mais Dieu, lui s’en rend très bien compte.

Amen