Claude Demissy – Culte célébré à Montherod le 6 août 2018

À la fin du Moyen-Âge, juste avant la Réforme, la peur du diable était très largement répandue. La mort était omniprésente et bon nombre de responsables chrétiens de l’époque jouaient sur la peur de l’enfer pour asseoir leur autorité sur les populations. Ils éditaient des listes de comportements à respecter qui étaient censés emmener les individus en enfer ou au paradis, c’était selon ! Parmi les actions à éviter figuraient les fameux péchés capitaux mais il y en avait bien d’autres. Curieusement, si la gourmandise était un péché la cruauté ne l’était pas, fort heureusement pour les tortionnaires de l’inquisition !

 

De quoi Jésus nous sauve- t-il ?

Pour les réformateurs, l’accumulation de nos actes n’a pas d’influence sur notre destinée au moment ultime. Jésus nous sauve de la damnation éternelle et voilà la peur de la damnation éternelle apaisée. Débarrassé de l’angoisse pour l’au-delà, les humains peuvent désormais se consacrer à travailler pour améliorer la vie dans notre monde.

Maintenant la peur du diable n’existe plus et nous continuons à dire que Jésus nous sauve ! Alors de quoi nous sauve-t-il exactement ?

 

La terre chante la grandeur de Dieu (Psaume 8 réécrit) :

Tout d’abord nous chantons la grandeur de Dieu sur notre terre avec cette paraphrase du psaume n°8 (version originale : http://www.interbible.org/interBible/ecritures/bu/index.php)

Dieu si mystérieux, entre le ciel si vaste et la terre si belle, c’est la terre qui exprime le mieux ta splendeur.

Quand je réalise tout ce que tu as fait : les galaxies, les nébuleuses, l’immensité de cet univers qui grandit à l’infini, je me pose plein des questions.

Je me demande : mais qu’est-ce que l’être humain là au milieu ? Il est minuscule. Comment se fait-il que tu te préoccupes de lui ?

Tu l’as créé à ton image, tu en as fait presque un dieu, tant il peut faire de choses : imaginer, créer, aimer, guérir, pardonner. De qui tiendrait-il tout cela sinon de toi ?

Tu l’as doté d’un pouvoir incroyable sur la planète : il peut conquérir les Pôles, gravir les plus hautes montagnes, explorer les jungles les plus hostiles.

Là où il vit, il est parvenu à domestiquer le bétail et à triompher des bêtes sauvages. Son emprise s’étend jusqu’aux oiseaux du ciel et aux poissons des mers.

Tu lui permets de disposer de tout ce qui vit sur terre et tu lui as confié la responsabilité du monde des vivants.

Dieu si mystérieux, puisse la terre exprimer encore longtemps ta richesse et ta bonté.

Merci pour tout ce que tu as créé et soutiens les humains qui le préservent et le mettent en valeur.

Ton nom Seigneur est un nom magnifique.

Amen

 

La prière des visages sombres :

Seigneur, la vie nous presse de plus en plus.

Tout nous commande d’aller de plus en plus vite, nous avons du mal à nous arrêter.

    Seigneur aies pitié de nous.

Nous aimerions prendre le temps de regarder la nature, les humains, notre femme, notre mari, nos enfants.

    Seigneur aies pitié de nous.

Nous aimerions plus de temps pour regarder les petits, accueillir l’étranger, exercer l’hospitalité, faire renaître l’amour.

    Seigneur aies pitié de nous

Nous souhaiterions vivre bien davantage notre humanité.

    Seigneur aies pitié de nous

    Au nom de Jésus-Christ

    Amen

 

La prière de l’amour de Dieu :

Dieu écoute nos prières, il comprend nos peines, nous difficultés et nos déceptions

Dieu nous a créés à son image et il nous accompagne dans notre quête de bonheur. Il voit comment la vie nous presse de plus en plus, que tout nous commande d’aller de plus en plus vite et que nous avons du mal à nous arrêter. Et il observe notre agitation comme un Père bienveillant.

Il nous offre la nature, les autres humains, notre femme, notre mari, nos enfants et nous a donné le sabbat pour en profiter.

Il nous soutient dans nos tentatives pour regarder davantage les petits, accueillir l’étranger, exercer l’hospitalité et faire renaître l’amour. Il nous accompagne dans notre désir de vivre bien davantage notre humanité.

Et il nous dit : »Tu es mon enfant, tes peines sont mes peines et tes joies sont mes joies ».

Amen

 

Que dois-je faire ?

Les humains ont toujours été actifs et se sont toujours demandé : que dois-je faire ? Et ils ont toujours cherché des règles pour savoir comment se comporter. Comment choisir ce qui est le mieux. J’ai parlé des christianismes du Moyen-Âge avec ces listes de choses à faire ou à ne pas faire pour éviter l’enfer. Du temps de Jésus, c’était une spécialité des maîtres de la loi. Des pharisiens aussi qui, vers le 1er siècle de notre ère avaient édictés plus de 700 commandements.

Notre époque n’est pas en reste, avec cependant un degré de plus. Il y a certes un fatras important de règlements de toutes sortes mais là n’est pas le plus important. Le plus important, c’est la pression continue dont nous sommes victimes dans tous les domaines de l’existence, pour nous conformer à des modèles. Cela se fait de manière soft, si je puis dire, grâce aux médias et aux réseaux sociaux qui valorisent tel ou telle personnalité, tel ou tel physique, tel ou telle performance.

L’enfer n’est plus dans l’au-delà, il est sur terre ! 

Il nous faut être performant au travail mais aussi dans les autres domaines de la vie : être des parents irréprochables, avoir un look d’enfer, pratiquer des sports spectaculaires, organiser des fêtes inoubliable etc, etc. Ces règles invisibles nous rendent la vie infernale.

Bref, l’enfer n’est plus dans l’au-delà, il est sur terre ! Cet activisme forcené nous rend bien souvent insatisfait. Normal, nous ne sommes pas des dieux et ne pouvons pas être au top dans tous les domaines de la vie.

Du coup, il nous faut choisir et trier dans les choses à faire, celles qui sont le plus importantes. Que faut-il faire en priorité ? Du temps de Jésus j’aurais dit : quel est le commandement le plus important ?

C’est la question que pose un maître de la loi dans le texte que nous allons entendre maintenant.

Marc 12.28 à 34  (http://www.interbible.org/interBible/ecritures/bu/index.php)

Les enfants et les ados disent souvent : « c’est nul « , « tout est nul » ou même pensent parfois : « je suis nul ». C’est la conséquence de notre société qui ne met en valeur que les n°1 ! Des n° 1 il n’y en qu’un par définition. Donc chacun et chacune doit se contenter de ne faire que ce qu’il ou elle peut, avoir le look qu’il ou elle a, un métier « un peu comme tout le monde » et des activités qui ne font pas le buzz sur youtube. Du coup, cela secrète souvent une immense insatisfaction.

 

Pour Jésus, personne n’est nul

Jésus change complètement cette perspective : il ne dit pas, le plus important c’est de faire cela et de ne pas faire ceci. Non, Jésus dit simplement : tu dois aimer. Aimer, ce n’est pas une action. Aimer c’est un sentiment à la portée de tout un chacun. Aimer ce n’est pas enchaîner une activité après l’autre, atteindre tel objectif à la fin de l’année, utiliser son temps pour faire le maximum.

Le maître de la loi reformule la réponse de Jésus en parlant d’une action : « offrir des sacrifices ». Il confirme avoir compris : l’important n’est pas d’accumuler des activités de toutes sortes, l’important c’est de regarder Dieu, les autres et soi-même avec amour. Ce qui veut dire : voir tout ce qui est bien et bon dans les autres et en nous-même. De quoi Jésus nous sauve-t-il de nos jours ? De notre course effrénée à la performance qui nous rend insatisfaits de nous-même et par ricochet, insatisfait des autres. Jésus nous sauve de la mauvaise image que nous avons de nous-mêmes.

Jésus nous sauve de la mauvaise image que nous avons de nous-même

Jésus regarde tous ceux qu’il rencontre avec bienveillance et valorise toujours ce qui est bon et bien en eux. Il ne dit jamais d’une personne : c’est un bon à rien. Il réveille en chacun et chacune ce qu’il y a de positif. Lorsqu’il fait le bilan de la journée ou de l’année il ne dit jamais : les objectifs n’ont pas été atteints. Il dit, au contraire, voilà tu ce que tu as fait de bon et de bien. Tu n’es pas nul, il n’y a rien à jeter en toi.

 

Il n’y a rien à jeter en toi

Lorsque j’aborde cette question avec des enfants je leur montre ceci : un joli maracas.

Avec quoi est fait cet instrument : avec le carton d’un rouleau de papier de toilette qui était devenu inutile. Habituellement, il est jeté.

Oui, il y a toujours quelque chose à faire. Il suffit simplement de faire l’effort de voir ce qui pourrait être positif.

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

Tu n’es pas nul et il n’y a rien à jeter en toi.

       

 

Dans la même optique, je raconte aussi l’histoire de Zachée.

 

Zachée, vu par lui-même :

Je m’appelle Zachée et je fais un métier qui aura disparu depuis longtemps en l’an 2000. Je suis un publicain : je collecte l’argent public, celui avec lequel les romains construisent les routes, les arènes, les forteresses, payent leurs soldats, etc. Oh, pour les romains ce n’est pas compliqué. Ils nous nomment, nous demandent chaque année de récolter une petite fortune, et pour le reste … débrouille-toi !

Dans certains endroits, c’est même pire : c’est celui qui donne à l’état la plus grosse somme qui est embauché. Il doit rembourser comme il peut.

Et comment ?

Et en taxant toutes les marchandises qui entrent dans la ville. Et ce n’est pas facile. Non seulement il faut récolter tout l’argent pour Rome mais, en plus, il doit me rester assez d’argent pour faire vivre ma famille.

Il faut évaluer ce que valent les marchandises et estimer la taxe à réclamer. C’est dur. Les gens discutent tout le temps. Souvent ils mentent ou même cachent des marchandises pour payer le moins possible. Seulement, si je ne rapporte pas suffisamment aux romains, ils ne se gênerons pas pour me remplacer. Et à ce moment-là, qui nourrira mes enfants ? Pas ceux qui ont fraudé ! C’est à cause d’eux que je surtaxe toutes les marchandises d’un quart : c’est ma manière de tenir compte des fraudeurs !

Cela vous paraît beaucoup, mais je suis qu’au moins un quart des marchandises sont passées en contrebande.

Les gens m’envient parce que je suis relativement riche. En réalité ce sont tous des jaloux.

 

Zachée vu par les autres :

Vous vous doutez bien que les marchands ne disent pas la même chose ! Ni la plupart des gens dans la ville. En plus notre Zachée est petit. Alors comme les gens ne l’aiment pas tout le monde se moque de lui. Les enfants ne sont pas en reste et les parents, bien sûr laissent faire. Il y a même un enfant imaginatif qui a composé un petit poème pour se moquer de lui :

Ô que t’es bête, ô que t’es p’tit

Toi l’esclave de nos ennemis

Zachée, l’ami des romains

Tu prends à pleines mains

Tout not’ argent et nos biens

Peut-être qu’un jour devant ta porte

Ce sera le diable qui t’emporte ?

La mauvaise réputation de Zachée est renforcée parce qu’il est l’ami des romains qui gouvernent le pays. De nos jours nous dirions que ce Zachée, et les publicains en général, utilisaient des méthodes de mafieux. Lorsque Zachée dit que son métier n’existera plus en l’an deux mille il se trompe un peu car, malheureusement dans certains pays, les organisations mafieuses font toujours la loi.

Je viens te rendre visite. Tu es digne de me recevoir

Vous connaissez la suite de l’histoire. Jésus passe par là. Zachée monte sur un arbre pour le voir, car il ne faut pas compter sur les gens pour le laisser devant malgré sa petite taille. Jésus va justement vers ce Zachée, celui que tout le monde rejette. Et les critiques vont bon train : « quoi, il va manger chez ce mafieux ! ». Jésus a d’abord vu, en Zachée, un être humain qui a besoin d’être sauvé de la malveillance. Sauvé du regard malveillant des autres et sauvé de sa propre malveillance. Et cet accueil de Jésus permet à Zachée de s’ouvrir aux autres. Il décide de ne plus vouloir sans arrêt « faire du chiffre », comme on dirait maintenant. Il va se soucier des pauvres. Jésus a abordé Zachée sans lui demander de faire ceci, ou de faire cela. Il lui a simplement dit : je viens te rendre visite. Tu es digne de me recevoir. Voilà Zachée sauvé de la mauvaise image qu’il a de lui-même.

Alors je reviens à cette idée fondamentale : Jésus nous sauve d’abord de nous-même, de notre insatisfaction, de notre désir de faire toujours plus, d’être toujours plus performant, plus beau, plus riche, plus jeune … Jésus nous accepte comme nous sommes et nous invite aussi à accepter les autres comme ils sont.

Conclure par un mot d’un paroissien fidèle qui m’a dit souvent : « Ne te tracasse pas pour ce que tu n’as pas fait aujourd’hui. Si tu meurs ce soir cela n’aura plus d’importance. Et si tu ne meurs pas ce soir, tu auras le temps de le faire demain ».

Amen.