I Rois 19.1-8, Luc 22.14-20

Culte du 22 juillet 2018 à Aubonne

Introduction

Cet été, dans notre série « En marche avec les personnages de la Bible », nous avons déjà cheminé avec Moïse, Abraham et Ruth. Ce matin, nous allons rencontrer sur notre route une autre grande figure biblique, un homme de Dieu parfois considéré comme le plus grand prophète de la Première Alliance : Élie.

A l’instar des personnages déjà évoqués, Élie est un homme en mouvement, un grand marcheur devant l’Eternel. « Pars d’ici », « En route »[1], c’est par ces a

 

Un homme de tempérament

Élie est un battant, un homme de conviction, porteur d’une parole vive, qui secoue. Il a souvent été en butte au pouvoir en place. Son chemin n’a pas été tout simple, il a fait de lui un homme solitaire. Souvent confronté à l’adversité, il a traversé à grandes enjambées bien des périls et des difficultés.

Zélé, il est un véritable héros de la foi, complètement dévoué à sa mission. Il a connu son heure de gloire quand il a remporté une victoire éclatante, seul contre tous, en faisant triompher la cause du Seigneur sur le Mont Carmel. Mais voilà, emporté par son élan, par son zèle, il a cru régler la question religieuse en Israël suite à ce coup d’éclat en faisant égorger les prophètes concurrents du culte de Baal, le dieu cananéen de la fertilité.

 

Retour de balancier

Cette violence va déclencher une riposte sévère, un choc en retour qui va remettre Élie en route, mais cette foi pour sauver sa peau. Il avait cru que le massacre de ses contradicteurs religieux allait assurer la paix confessionnelle en supprimant l’adversaire, mais cela n’a rien résolu du tout et il se retrouve dans la peau d’un homme qui ne peut chercher son salut que dans la fuite.

Il est plus seul que jamais, il éprouve, comme on dit dans les épreuves cyclistes, un terrible « coup de mou ». Il n’en peut plus. S’il se tourne vers Dieu dans cette situation critique, c’est pour lui dire son désir de mort. Il n’a plus de ressort pour continuer. La route lui paraît bouchée, il ne voit plus d’autre issue que de disparaître. Sa vie est finie, elle se termine en cul-de-sac. Il s’endort dans l’espoir de ne plus se réveiller.

 

Une mystérieuse présence

C’est dans ce creux de vague, dans ce fond du trou, qu’un mystérieux visiteur vient lui toucher l’épaule, en toute discrétion. Il vient lui offrir juste ce qu’il faut, une galette, une cruche d’eau, pour qu’Élie puisse se remettre en route – et quelle route : 40 jours et 40 nuits ! – pour aller jusqu’à l’Horeb retrouver son Dieu, non pas dans le fracas et la violence d’éléments déchaînés, mais dans un murmure subtil porteur de paix. Et retrouver par la même occasion un sens à sa vie.

A nous aussi, écrit Antoine Nouis[2],

il nous arrive d’être fatigués et découragés dans notre foi.

Il nous arrive d’avoir le sentiment que tout est gris,

que plus rien ne sert à rien.

Il nous arrive d’être la proie d’une immense lassitude.

Dans ces moments, nous avons envie de nous arrêter de marcher,

de nous poser là et d’attendre,

de nous laisser aller à l’indifférence, à la passivité, à la paresse.

Mais parfois il nous arrive aussi de recevoir la visite d’un ange :

dans la parole d’un ami qui nous touche et qui nous porte,

dans un encouragement, un présent,

une bonne nouvelle, une attention,

dans un verset qui nous rejoint et qui nous parle.

Et c’est comme une lumière qui éclairerait notre nuit,

c’est comme une parole qui nous dirait :

« Lève-toi et mange,

car autrement le chemin serait trop long pour toi. »

La nuit. Une galette et une cruche d’eau.

Un repas qui appelle à se lever et à se mettre en route.

Un repas qui donne des forces pour marcher

pendant quarante jours et quarante nuits…

Cela ne vous rappelle-t-il pas un autre repas ?

 

Un repas tout simple

Lors de son dernier repas, le Christ a partagé du pain et du vin avec ses disciples. Des aliments quotidiens, à l’image de la galette et de la cruche d’eau qui a redonné goût à la vie à Élie. Un repas tout simple qui nous rejoint dans nos besoins fondamentaux : le pain qui nous est nécessaire chaque jour pour vivre, la coupe qui offre une dimension festive à nos vies et qui est source d’encouragement. Dans cette simplicité, c’est toute la pédagogie de Dieu qui s’exerce, car « notre Père qui est aux cieux sait ce dont nous avons besoin »[3], il sait de quoi nous sommes faits. Nous sommes humains, corps, âme et esprit intimement liés, sans que l’on puisse les dissocier. Nous avons besoin de signes visibles, sensibles d’attention, d’amour, de compréhension pour que notre être intérieur soit restauré, revivifié.

Élie était au bout du rouleau, il n’en pouvait plus. Son chemin lui semblait une impasse et voilà que la présence d’un ange – un mot qui désigne un envoyé, un messager – vient lui redonner courage avec des aliments de base, du pain et de l’eau, parce que l’être humain est ainsi fait qu’il a besoin de quelque chose de concret, de palpable, de physique, pour retrouver un mieux-être spirituel. Nous ne sommes pas qu’esprit.

 

Qui est ce messager mystérieux ?

Cet ange qui vient toucher Élie et qui lui sert cette nourriture vitale, qui est-il donc ? On ne le sait pas. Le récit n’en dit rien, il ne le décrit pas, il ne lui donne pas d’identité précise, on ne sait rien de lui. Cela veut dire qu’il peut prendre des formes très diverses dans nos vies quand il nous arrive de nous sentir au bout du rouleau. C’est ce qu’exprime avec beaucoup de sensibilité une prière de Philippe Newell, un théologien écossais très inspiré par la spiritualité celtique :

Alors qu’il semblait n’y avoir aucun espoir à l’horizon

 j’ai vu ta lumière dans les yeux d’un enfant.

Lorsqu’aucune joie ne paraissait se présenter

  j’ai perçu le timbre de ta voix dans celle d’un ami.

Quand la vie donnait l’impression de se décomposer

  j’ai ressenti la douceur d’un rayon de soleil sur ma peau.

Alors que tout semblait vide

  j’ai senti ta présence dans la main d’un étranger.

Alors que le futur me semblait stérile

  j’ai savouré l’humidité de la vie sur les lèvres d’autrui.

Grâce te soit rendue, ô Dieu, pour l’incarnation de ton amour !

Ouvre mes sens à ta présence, que je t’aime

et sois attentif à toi en toute chose.[4]

 

La main de l’ange

Savoir accueillir la main de l’ange qui vient me toucher à l’épaule pour me remettre debout, pour me remettre en marche, l’accueillir dans le pain et la coupe de la Cène qui me font retrouver dans ma marche de tous les jours la présence du Dieu de vie.

Mais aussi savoir être pour l’autre, pour celle ou celui qui, à mes côtés, traverse une mauvaise passe, cet ange qui vient le toucher, qui vient la toucher, d’un geste d’amitié, d’affection, d’une parole d’encouragement, d’une petite attention, d’un café partagé. Dans la parabole du bon samaritain qui s’arrête pour secourir le passant dévalisé par des brigands, le Christ m’invite à devenir cet ange, cet envoyé, pour celui ou celle qui se trouve abandonné et souffrant au bord du chemin quand il me dit : « Va et fais de même. »[5]

Amen

 

[1] I Rois 17.2, 9

[2] Antoine Nouis, La galette et la cruche, p. 20

[3] Luc 12.30

[4] J. Philip Newell, Prières celtiques, p. 90

[5] Luc 10.37