Intro : la marche

Pourquoi la marche revient si souvent dans la Bible ? et dans nos vies ? La marche c’est le mouvement, la vie pour notre corps. Il nous faut bouger pour que notre musculature vive, pour permettre à notre digestion de se faire, pour que notre colonne vertébrale vibre, se tonifie, donc pour notre dos et donc notre position verticale.

Combien de temps marchez-vous par jour ? Qui a un ‘podomètre’ qu’il utilise de temps à autre pour voir combien de distance il a parcouru ?

La marche, par nos pieds, est LA manière de se déplacer. Un déplacement qui nous donne une liberté, pour aller à la rencontre, pour aller travailler, pour aller explorer. Dans la Bible, les différentes personnes citées se déplacent sans cesse : Abraham et Sarah pour aller vers une nouvelle terre, les fils de Jacob pour trouver du blé en Égypte, le peuple d’Israël pour quitter la terre devenue terre d’esclavage pour entrer dans la terre promise. Jésus lui, marchera aussi beaucoup en Israël et même dans les terres païennes pour aller à la rencontre des gens, leur témoigner de l’amour et de la vie de Dieu.

La marche c’est une question de vie pour notre corps et aussi pour notre vie relationnelle, créative, sociale … pour être en lien avec les autres, avec le monde.

La marche c’est aussi l’occasion de simplement respirer, réfléchir, contempler, méditer ou prier à un rythme humain, que les autres modes de transport, rapides, ne permettent pas.

Noémi et Ruth un destin commun ?

Pour Noémi et Ruth il y a cette marche de la terre de Moab pour aller en Israël. Retour à la maison pour Noémi, car il y a à nouveau du pain à Bethléem, signe d’espérance. Alors que pour Ruth cette marche représente un exil. Bref, une marche qui pourrait attiser encore plus les différences entre ces deux femmes.

Noémi est juive, Ruth est une étrangère, car Moabite. Noémi est âgée, c’est la belle-mère. Ruth est plus jeune et c’est la belle-fille. Des coutumes, des langues différentes, leur religion aussi est différente.

Ce qui les rapproche ? la mort de leur homme ☹ Noémi a perdu son mari, et voilà maintenant qu’elle perd ses deux fils. Et Ruth désormais est aussi veuve, ayant perdu son mari.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais voilà, Ruth décide de suivre sa belle-mère. Dans la version biblique de la TOB, il est écrit : « Ruth s’attacha à elle » à sa belle-mère. Face à la mort, à la vulnérabilité de ces femmes, désormais seules, sans mari, sans enfant, Ruth décide de marcher avec sa belle-mère.

Ruth, la moabite, dont le nom signifie ‘amie’ ou ‘réconfortée’ fait entrevoir un avenir, un espoir possible. Ruth s’engage alors par des paroles très fortes envers sa belle-mère : « Ne me presse pas de t’abandonner, de retourner loin de toi ; car où tu iras j’irai et où tu passeras la nuit je la passerai ; ton peuple sera mon peuple et ton dieu mon dieu ; où tu mourras je mourrai et là je serai enterrée. Le SEIGNEUR me fasse ainsi et plus encore si ce n’est pas la mort qui nous sépare ! » (Ruth 1,16-17).

S’engager par des paroles, des actes…

Face à la mort, Ruth est capable de faire un choix radical pour prendre soin de sa belle-mère. Ruth quitte tout : son pays, sa famille, laisse ses amis, ses coutumes et sa religion ! Comment expliquer sa capacité à prendre un tel risque, en quittant ses repères, son pays, ses acquis ? Pour être capable, dans un moment pareil, c’est-à-dire le deuil de son mari, d’envisager de prendre soin de sa belle-mère, en quittant son pays, Ruth devait avoir un appui solide, une ressource très forte.  Quel appui, quelle ressource ?

Le texte biblique ne le dit pas clairement, je fais donc des suppositions que je laisse à votre sagesse, discernement.

Il est dit, écrit, que belle-mère et belles-filles ont vécu ensemble une dizaine d’années avant le décès des fils. Cela en fait du temps passé ensemble. Et quelles ont été ces relations tissées au fil des ans ? Noémi reconnait la bonté de ses belles-filles envers elle : « Que le Seigneur agisse envers vous avec fidélité comme vous avez agi envers les défunts et envers moi. » (Ruth 1,8)

Il y a donc un attachement fort qui s’est tissé au fil des ans. Le mot hèsèd pour fidélité, bonté, en hébreu, exprime la loyauté et la solidarité. N’est-ce pas cet attachement dans la fidélité, la bonté, qui permet à Ruth de choisir de quitter son pays pour suivre sa belle-mère Noémi ?

Face à l’adversité et la mort, c’est l’affection mutuelle, qui permet à Ruth de décider de marcher avec Noémi sa belle-mère. Ruth quitte son pays, pour aller vers une nouvelle terre, pas seule, avec sa belle-mère.

Dans sa déclaration Ruth s’engage aussi à suivre le Dieu du peuple de Noémi, c’est-à-dire le Dieu d’Israël. Comment peut-elle s’engager envers Dieu qu’elle ne connaît pas ? Ou bien a-t-elle appris à le connaître par son mari, sa belle-mère ? En tous les cas par son attitude et son choix, Ruth la moabite, la païenne représente le modèle de la prosélyte, celle qui se convertit au judaïsme, elle qui a cherché secours sous les ailes du Seigneur.  (Ruth 2,12). Alors que les mariages mixtes étaient interdits dans l’A.T. nous voyons ici l’ouverture aux nations païennes !

L’attachement de Ruth pour sa belle-mère s’exprime par des paroles, qui se concrétisent par des actes. Actes de bonté dans le passé à Moab et des actes au présent en Israël. Le chef des moissonneurs de Booz, souligne l’assiduité de Ruth qui glane derrière les moissonneurs. Elle prend peu de repos pour récolter un maximum de céréales pour nourrir sa belle-mère et elle-même.

Ruth est aussi capable d’entendre les plaintes de sa belle-mère face à la souffrance, lorsqu’elle dit : « C’est comblée que j’étais partie et démunie me fait revenir le Seigneur… » (Ruth 1,21). Elle l’écoute en silence sans chercher des justifications à la mort, au malheur et ne cherche pas non plus à défendre Dieu. Puis plus tard elle écoutera les conseils de sa belle-mère, pour aller à la rencontre de Booz et finalement elle entendra les louanges de sa belle-mère : « Béni soit-il du Seigneur, celui qui n’abandonne pas sa fidélité ni envers les vivants ni envers les morts. » (Ruth 2.20).

Ruth marche avec sa belle-mère et vit avec elle sous le même toit, nous dit le texte biblique (Ruth 2.23). Une cohabitation voulue par Ruth qui a dit qu’elle irait là où sa belle-mère irait. Elle a donc tenu sa promesse.

Et finalement je souligne encore une capacité de Ruth, elle a tellement fait confiance à Noémi, qu’elle lui confiera l’éducation de son fils Oved, qu’elle aura avec Booz. Ce fils, c’est la vie qui reprend, plus forte que la mort. Ce fils, dont le nom signifie ‘serviteur’, sera ancêtre du roi David, ancêtre de Jésus-Christ.

Marches de …

Dans ce livre de Ruth, la présence, l’action de Dieu reste discrète, mais c’est à lui que font référence les différents protagonistes de l’histoire : pour se plaindre, ou pour donner la bénédiction, pour dire combien la vie peut être douloureuse, ou pour demander l’aide de Dieu.

Ce qui m’encourage, ce sont les choix que vont faire Ruth, Noémi, Booz. Des choix pour la vie, pour l’espérance, pour s’engager et construire. Ensemble. Ces femmes, cet homme Booz, vont exprimer de la bonté, être fidèle sur la durée et donc s’engager, à l’image de Dieu qui s’engage.

La fidélité, la bonté exprimée par Ruth envers Noémi, puis de Noémi envers Ruth, et Booz envers Ruth, révèlent la loyauté de Dieu qu’il développe dans le plan du salut qu’il a prévu et qu’il réalise dans l’histoire de l’humanité, culminant dans la venue de Jésus-Christ.

Quelle marche, quel choix dans ma vie ?

Ce livre de Ruth nous encourage à vivre la bonté dans nos vies. A l’exprimer de toutes sortes de manières : par des paroles, des gestes, une écoute, une confiance en soi, en les autres, en Dieu.

Notre marche dans la vie par qui, par quoi va-t-elle se concrétiser ? Puissions-nous vivre ces bontés, ‘hésèd’, selon le cœur de Dieu, chaque jour. Car chaque jour est une opportunité, une nouvelle chance pour s’engager.

Beaucoup  de gens marchent dans ce monde, des marches pour la vie, l’espérance, pour la paix. À l’image de ces femmes israéliennes et palestiniennes qui ont marché durant deux semaines en octobre 2017, pour demander la paix (Women Wage Peace).

Les marcheurs de Compostelle ou sur la trace des Huguenots.

Il y a les marches durant les vacances, pour prendre du recul, pour profiter de la nature et remercier Dieu !

Il y a ceux qui font des marches forcées de l’exil.

On parle beaucoup de l’empreinte écologique aujourd’hui et de l’urgence de changer notre mode de vie. Osons la question de quelle empreinte humaine, relationnelle ET spirituelle voulons-nous laisser ? Cette marche pour la vie, Jésus nous propose de la vivre avec lui. Lui qui est le chemin, la vérité et la vie (Jean 14,6.). Marchons avec lui sur ce chemin de la bonté et de la fidélité pour la vie.

Amen.