Les ministres réformés ont été formatés pour célébrer les baptêmes au cours des cultes du dimanche matin. Du coup, les familles des baptisés se trouvent plongées dans un univers qu’elles ne peuvent pas comprendre.

Nos Églises vivent dans des sociétés à familles éclatées : chaque membre vit à portée d’avion des autres et, même s’ils vivent à proximité pédestre, leur emploi du temps rend difficile les rencontres physiques. Pour les réunions de famille, le plus dur, c’est de trouver une date où tout le monde peut être là. Faire concorder l’emploi du temps des familles avec l’agenda d’une paroisse constitue un exercice bien compliqué, et parfois, le simple bon sens incite les familles à renoncer « pour le moment » au baptême.

Deux assemblées différentes

En dehors de ces considérations pratiques, « l’ambiance » de nombreux cultes ne semble pas attractive pour les jeunes générations, c’est-à-dire les générations qui ont des enfants. Souvent, les familles faisant baptiser leur enfant entendent une musique inhabituelle à leurs oreilles et les codes de nos célébrations paraissent, bien souvent, étranges. Or, les familles sont parfois aussi nombreuses que l’assemblée traditionnelle. A qui s’adresse alors le prédicateur ? A ces familles ayant un faible contact avec l’Église ou aux habitués ? Qui choisit la première option, lasse l’auditoire des habitués, car ils souhaitent un message plus fouillé. Si l’on choisit la seconde option, notre patois de Canaan fait obstacle à l’Évangile et les familles en ressortent avec la ferme conviction « qu’ils ont bien raison de ne jamais fréquenter ces lieux ».

Or le Baptême est le signe visible d’une grâce invisible. Dieu t’adopte personnellement, toi, tel que tu es. Le Baptême te montre que tu as de la valeur aux yeux de Dieu, en tant qu’individu. Une cérémonie de Baptême se doit d’être centrée sur la personne baptisée, valorisant ainsi son importance aux yeux de Dieu. Inutile de gloser longtemps sur l’importance de chaque vie. Mais bon nombre d’adversités marquent la destinée humaine, faisant douter les uns et les autres de leur qualité d’enfant de Dieu. Un acte symbolique perçu comme fort par les gens (le baptême) revêt de ce fait une grande importance.

Redonner de l’importance au baptême

Pour vivre l’importance du baptême, il devrait être administré au cours d’une célébration dont le baptisé est le centre. Dieu a mis les humains au centre de la création et le baptême participe à la visibilité de cette divine initiative. Faire du baptême une sorte de « sous cérémonie » dans un culte habituel diminue sa puissance symbolique. De plus, tout un chacun voit les Églises organiser une cérémonie ad hoc pour les services funèbres et les mariages. Cela donne à ces actes ecclésiastiques plus d’importance qu’au baptême. Notre pratique contredit donc notre théologie.

Rien de tout cela dans la Bible. Le baptême y était administré après une brève catéchèse[1], il n’y avait pas de rendez-vous longtemps à l’avance et surtout pas de « communauté » dont la présence attesterait la validité du baptême. Par quelle magie, la présence d’une assemblée paroissiale donnerait-elle davantage de légitimité à la symbolique baptismale ? Dieu a-t-il besoin d’une communauté pour être « efficace » ? En tout cas pas dans l’Écriture.

Retrouver la simplicité biblique permet dès lors de rejoindre nos contemporains.

Claude Demissy

 

[1] Actes 16.13 à 15 ; Actes 8.26 à 40.